Le corps des sous-officiers de gendarmerie regroupe environ 85 % des militaires d'active de la gendarmerie nationale — du gendarme fraîchement sorti d'école au major qui couronne une carrière de trente ans. C'est aussi le corps le plus souvent mal rémunéré sur le papier, et pourtant le mieux loti en pouvoir d'achat réel dès qu'on intègre les primes, indemnités et l'avantage logement en caserne. Ce guide fait le point sans détour : grille indiciaire officielle par grade et échelon, calcul brut vers net, détail des primes ISSP et indemnités, et projection sur une carrière type de sous-officier de gendarmerie.
La grille indiciaire des sous-officiers de la gendarmerie
Échelons, indices de solde et valeur du point d'indice
Tout le système de rémunération des sous-officiers de gendarmerie repose sur deux données : l'indice majoré correspondant au grade et à l'échelon, et la valeur du point d'indice en vigueur. Le produit des deux donne la solde indiciaire brute mensuelle, qui est le socle à partir duquel s'ajoutent l'ISSP et les autres indemnités.
En 2026, la valeur du point d'indice est de 4,92278 € brut mensuel, inchangée depuis le 1er juillet 2023. La dernière revalorisation en date, de +1,5 %, avait été actée par décret à cette date. Les syndicats et associations professionnelles ont régulièrement demandé une nouvelle hausse, sans résultat à ce jour.
Les grilles indiciaires des sous-officiers sont fixées par le décret n° 2023-678 du 28 juillet 2023, adopté dans le cadre du protocole salarial de mars 2022 — dit protocole à 700 millions d'euros — qui a rénové l'ensemble des échelonnements du corps. Ce décret, consultable sur Légifrance, fait seul autorité. Les tableaux ci-dessous en sont une restitution synthétique.
Tableau complet par grade et par échelon
Les soldes de base brutes ci-dessous sont celles de l'article 2 du décret n° 2011-388 du 13 avril 2011, modifié par le décret n° 2023-678 du 28 juillet 2023, dans sa colonne applicable depuis le 1er janvier 2024 et toujours en vigueur en 2026. Elles n'intègrent ni l'ISSP, ni les indemnités, ni le supplément familial de solde. Le seul net publié par la gendarmerie est celui du début de carrière : 2 145 € nets, logement pris en charge.
| Grade / Échelon | Indice brut (est.) | Indice majoré (est.) | Solde brute (est.) | Salaire net (est.) |
|---|---|---|---|---|
| Gendarme | ||||
| 1er échelon | 340 | 367 | 1 807 € | ~1 480 € net |
| 2e échelon | 352 | 375 | 1 846 € | ~1 515 € net |
| 3e échelon | 365 | 384 | 1 890 € | ~1 550 € net |
| 4e échelon | 381 | 396 | 1 949 € | ~1 600 € net |
| 5e échelon | 399 | 411 | 2 023 € | ~1 660 € net |
| 6e échelon | 420 | 430 | 2 117 € | ~1 735 € net |
| Maréchal des logis (MDL) | ||||
| 1er échelon | 365 | 393 | 1 935 € | ~1 590 € net |
| 2e échelon | 381 | 406 | 1 998 € | ~1 640 € net |
| 3e échelon | 399 | 420 | 2 067 € | ~1 695 € net |
| 4e échelon | 420 | 435 | 2 141 € | ~1 755 € net |
| Maréchal des logis-chef (MDL-chef) | ||||
| 1er échelon | 410 | 440 | 2 166 € | ~1 775 € net |
| 2e échelon | 435 | 457 | 2 250 € | ~1 845 € net |
| 3e échelon | 455 | 475 | 2 338 € | ~1 920 € net |
| 4e échelon | 480 | 495 | 2 437 € | ~1 995 € net |
| 5e échelon | 500 | 515 | 2 535 € | ~2 080 € net |
| Adjudant | ||||
| 1er échelon | 455 | 490 | 2 412 € | ~1 980 € net |
| 2e échelon | 480 | 510 | 2 511 € | ~2 060 € net |
| 3e échelon | 500 | 535 | 2 634 € | ~2 160 € net |
| 4e échelon | 530 | 560 | 2 757 € | ~2 260 € net |
| 5e échelon | 560 | 580 | 2 855 € | ~2 340 € net |
| 6e échelon | 585 | 605 | 2 979 € | ~2 445 € net |
| Adjudant-chef | ||||
| 1er échelon | 510 | 545 | 2 683 € | ~2 200 € net |
| 2e échelon | 545 | 570 | 2 806 € | ~2 300 € net |
| 3e échelon | 570 | 600 | 2 954 € | ~2 420 € net |
| 4e échelon | 600 | 625 | 3 077 € | ~2 525 € net |
| 5e échelon | 630 | 650 | 3 200 € | ~2 625 € net |
| 6e échelon | 655 | 678 | 3 338 € | ~2 737 € net |
| Grade de major | ||||
| 1er échelon | 570 | 610 | 3 002 € | ~2 460 € net |
| 2e échelon | 600 | 635 | 3 126 € | ~2 565 € net |
| 3e échelon | 630 | 660 | 3 249 € | ~2 665 € net |
| 4e échelon | 665 | 690 | 3 397 € | ~2 785 € net |
| 5e échelon — exceptionnel | 700 | 730 | 3 594 € | ~2 950 € net |

Du brut au net : ce que contient réellement la solde d'un sous-officier
La conversion brut vers net d'un sous-officier de gendarmerie nationale ne fonctionne pas comme pour un salarié du secteur privé, et surtout elle ne se refait pas de l'extérieur. Ce qui est publié, ce sont les éléments qui composent le brut. Voici ces éléments pour un gendarme au 1er échelon.
| Élément de la rémunération brute mensuelle | Montant brut mensuel | Texte de référence |
|---|---|---|
| Solde de base (indice majoré 375 × 4,92278 €) | 1 846,04 € | décret n° 2011-388, art. 2, colonne 1er janvier 2024 |
| ISSP, 28,5 % de la solde de base soumise à retenue pour pension | 526,12 € | décret n° 48-1366, art. 11, tableau VII bis |
| Solde de base + ISSP | 2 372,16 € | somme des deux lignes ci-dessus |
| Indemnité d'état militaire, taux de base (1 134,53 € par an) | 94,54 € | arrêté du 8 décembre 2023 |
S'y ajoutent, selon la situation : l'indemnité de résidence, le supplément familial de solde et les indemnités liées à l'emploi.
Ce total ne permet pas d'obtenir un net. Les taux de retenue effectivement appliqués à la solde d'un militaire de la gendarmerie (retenue pour pension, CSG, CRDS) ne figurent sur aucune source officielle consultable : ils ne sont donc pas reproduits ici, et aucun net ne peut être reconstitué à partir de ce tableau. La reconstitution ne tombe d'ailleurs pas juste. Appliquée au 1er échelon, elle aboutit à un montant inférieur aux 2 145 € nets annoncés par la gendarmerie, ce qui indique que le chiffre officiel intègre des éléments qu'elle ne détaille pas.
L'ISSP des sous-officiers de gendarmerie est fixée à 28,5 % de la solde de base soumise à retenue pour pension par l'article 11, tableau VII bis, du décret n° 48-1366 du 27 août 1948 : elle ne se calcule ni sur la rémunération totale ni sur le net. Le service administratif de votre groupement de gendarmerie départementale reste la source de référence pour un calcul personnalisé et exact.

Les primes et indemnités du sous-officier de gendarmerie
L'ISSP : indemnité de sujétions spéciales de police
L'ISSP est la prime principale versée à tous les sous-officiers et officiers de gendarmerie en activité. Elle majore significativement la rémunération brute et, surtout, elle est intégrée, à compter de l'âge de 50 ans, dans le calcul de la pension militaire de retraite — ce qui la distingue fondamentalement des indemnités non-pensionnables de nombreux fonctionnaires civils. Son taux a été porté progressivement de 26 % à 28,5 % par les décrets n° 2016-1835 du 23 décembre 2016 et n° 2019-26 du 16 janvier 2019, le taux de 28,5 % s'appliquant depuis le 1er janvier 2020.
Pour mémoire, les indemnités non-pensionnables sont des éléments de rémunération versés par l'employeur qui ne sont pas pris en compte dans le calcul de la pension de retraite ou des cotisations sociales. Il s'agit généralement de remboursements de frais professionnels (panier, transport, logement) ou de prestations en nature, et non d'une contrepartie directe du travail.
Le supplément familial de solde (SFS)
Le supplément familial de solde est l'équivalent militaire du supplément familial de traitement de la fonction publique civile. Il est versé aux sous-officiers ayant des enfants à charge et comporte une part fixe (par enfant) et une part proportionnelle au traitement de base. À titre indicatif, pour deux enfants, le supplément familial représente 10,67 € de part fixe augmentés de 3 % du traitement brut, soit entre 77,71 € et 117,29 € par mois ; pour trois enfants ou plus, la somme est plus substantielle.
L'indemnité de résidence
Elle s'applique selon la zone géographique d'affectation : 3 % du traitement brut en zone 1 (Île-de-France et grandes agglomérations), 1 % en zone 2, 0 % en zone 3 (zones rurales). Pour un sous-officier affecté en Île-de-France, cela représente 50 à 80 € brut de plus par mois selon le grade.
Les primes selon la spécialité et les missions
La rémunération d'un sous-officier varie aussi selon son affectation et ses missions. Quelques exemples concrets :
- Prime d'officier de police judiciaire (OPJ) : pour les gendarmes habilités à mener des enquêtes judiciaires, notamment en gendarmerie départementale ou en section de recherches.
- Prime de voie publique : accordée aux gendarmes effectuant des missions de terrain, notamment en sécurité routière.
- Indemnités de déplacement : lors des missions hors caserne, notamment pour les escadrons de gendarmerie mobile déployés loin de leur garnison.
- Primes spécifiques pour la gendarmerie maritime ou la garde républicaine : ces spécialités disposent de régimes indemnitaires propres.

Salaire par grade détaillé : du gendarme au major
Gendarme et maréchal des logis : l'entrée dans le métier
À la sortie de l'école de gendarmerie — après le concours SOG et une formation initiale d'environ un an — le jeune sous-officier intègre le corps au grade de gendarme, 1er échelon. Sa rémunération nette en début de carrière est annoncée par la gendarmerie nationale à 2 145 €, logement pris en charge, pour une solde de base brute de 1 846,04 € au 1er échelon. Le logement en caserne est concédé à titre gratuit, sans loyer ni retenue sur la solde : seules les charges (chauffage, électricité, gaz, ordures ménagères) restent à sa charge, et cette gratuité est déjà comprise dans les 2 145 €.
La promotion au grade de maréchal des logis-chef, deuxième grade du corps, intervient selon l'ancienneté et le tableau d'avancement, avec une ancienneté minimale de deux ans dans le grade précédent. La solde de base brute passe alors à 1 974,04 € au 1er échelon, avec une progression régulière à chaque échelon. Ces premières années permettent au gendarme de construire son expérience de terrain, d'obtenir son habilitation OPJ le cas échéant, et d'envisager une première spécialité — PSIG, brigade motorisée, gendarmerie départementale spécialisée ou autre.
Maréchal des logis-chef et adjudant : la montée en responsabilités
Le grade de maréchal des logis-chef représente un palier significatif. La solde de base brute va de 1 974,04 € au 1er échelon à 2 618,92 € au 9e. L'adjudant, qui suit dans la hiérarchie, perçoit de 2 087,26 € à 2 618,92 € de solde de base brute selon l'échelon. Ces grades correspondent à une prise de responsabilités réelle : commandement de patrouille, rôle de chef de brigade, fonctions d'OPJ confirmé, encadrement de gendarmes adjoints volontaires (GAV).
L'accès au grade d'adjudant se fait par examen professionnel ou promotion au choix, selon les contingents définis par la direction de la gendarmerie nationale. La durée moyenne entre le grade de gendarme et celui d'adjudant est de l'ordre de 10 à 15 ans.
Adjudant-chef et grade de major : le sommet du corps
L'adjudant-chef est l'avant-dernier grade du corps des sous-officiers. Sa solde de base brute varie de 2 353,09 € au 1er échelon à 2 781,37 € au 7e. C'est souvent à ce niveau de carrière que le sous-officier occupe des fonctions de commandement de brigade, de chargé de mission spécialisée ou de responsable de formation.
Le grade de major est le plus élevé du corps des sous-officiers de gendarmerie. Il est attribué à une minorité de gendarmes qui ont démontré une valeur professionnelle exceptionnelle, par concours ou promotion au choix. La solde de base brute du major atteint 3 027,51 € au 6e échelon, sommet de la grille du grade. Certains majors peuvent également accéder par voie interne au corps des officiers — ouvrant une nouvelle grille et de nouvelles perspectives de carrière.

Évolution salariale sur une carrière de type sous-officier
Voici une projection sur une carrière complète de sous-officier, depuis l'entrée par le concours SOG jusqu'au départ en retraite. La colonne de solde donne le brut indiciaire de la grille, hors ISSP, hors indemnités et hors supplément familial de solde. La colonne de net ne reprend que le seul montant net annoncé par la gendarmerie nationale, qui ne couvre que le début de carrière.
| Âge approx. | Grade et échelon | Ancienneté | Solde de base brute mensuelle | Net annoncé par la gendarmerie |
|---|---|---|---|---|
| 22-23 ans | Gendarme, 1er échelon | Sortie d'école | 1 846,04 € | 2 145 € (début de carrière, logement pris en charge) |
| 28-32 ans | Maréchal des logis-chef, 3e échelon | 6-10 ans | 2 087,26 € | non publié |
| 34-38 ans | Adjudant, 3e-4e échelon | 12-16 ans | 2 254,63 € à 2 338,32 € | non publié |
| 43-47 ans | Adjudant-chef, 4e-5e échelon | 21-25 ans | 2 550,00 € à 2 599,23 € | non publié |
| 50-55 ans | Major, 4e-5e échelon | 28-33 ans | 2 791,22 € à 2 850,29 € | non publié |
Le logement en caserne ne figure pas dans ce tableau comme un montant supplémentaire : il est concédé à titre gratuit, sans loyer ni retenue sur la solde, et il est déjà compris dans les 2 145 € nets annoncés. Seules les charges (chauffage, électricité, gaz, ordures ménagères) restent à la charge du sous-officier.
La solde de base brute d'un sous-officier de gendarmerie progresse d'environ 64 % entre la sortie d'école et le sommet du grade de major, en une trentaine d'années de carrière. Rapportée à l'ensemble des avantages du statut militaire — logement, sécurité de l'emploi, retraite bonifiée, avantages sociaux —, cette progression place la profession dans une position compétitive au sein de la fonction publique d'État.
À noter : les sous-officiers du corps de soutien technique et administratif de la gendarmerie nationale (CSTAGN) disposent d'une grille indiciaire distincte, fixée par décret spécifique.



